🎙️ La Voie des sages-femmes – Saison 2 – Devenir sage-femme en 2026 : La relève prend la parole

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📣 À quoi ressemble la maïeutique de demain ?

Dans cet épisode en deux temps, La Voie des sages-femmes tend le micro à celles qui s’apprêtent à rejoindre le terrain.

👩‍⚕️ D’un côté : une immersion au cœur de la formation.

Les premières gardes, les doutes, mais aussi les moments “pépites” que l’on garde comme des trésors pour nourrir sa vocation. Quatre étudiantes racontent, sans filtre, la réalité du parcours et partagent leurs conseils à celles et ceux qui rêvent de se lancer.

Un témoignage qui s’adresse aussi aux sages-femmes qui les accompagnent, entre gratitude et réflexion sur la juste manière de transmettre et d'aider à trouver sa place.


✊ De l’autre : s’engager pour faire bouger les lignes.

Deux étudiantes de l’ANESF décryptent les évolutions de la formation :

👉 Pourquoi une 6ᵉ année ?

👉 Ce que change la réforme.

👉 Comment mieux encadrer les étudiants et étudiantes, notamment en libéral, avec le nouveau statut de maître de stage universitaire (MSU) ?

Un éclairage précieux pour les sages-femmes en exercice — et pour toute personne s’interrogeant sur la profession.

🎧 Que vous soyez déjà sur le terrain ou au début de l'aventure, cet épisode est un trait d'union entre les générations. L'occasion de raviver vos souvenirs, décoder l’avenir et aller à la rencontre de vos futures collègues.

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Transcription de l'épisode à lire 👀

Salomé Moi, je m'appelle Salomé, j'ai 22 ans, j'ai un parcours plutôt classique pour arriver à l'école de sages-femmes. J'ai fait une PluriPASS après le lycée et j'ai eu ma place à l'école de sages-femmes.

Julia Moi, c'est Julia, j'ai 22 ans, je suis en cinquième année d'école de sages-femmes, donc en dernière année. Et comme Salomé, moi, j'ai fait PluriPASS juste après le lycée, j'ai réussi ma première année de médecine et je suis rentrée directement du coup à l'école de sages-femmes après.

Lili Moi, c'est Lili, j'ai aussi 22 ans et j'ai exactement le même parcours que les filles. Donc la première année de médecine validée et directement l'entrée à l'école de sage-femme.

Camille Et du coup, je m'appelle Camille, j'ai 27 ans et moi, j'ai fait une Passerelle pour arriver en sage-femme. Après avoir fait un bac plus 5, j'ai travaillé un an et j'ai candidaté à la Passerelle qui fait du coup arriver en deuxième année d'études de sage-femme.

Salomé On a tout un imaginaire derrière le métier de Sage-Femme. Et en fait, quand on arrive notamment en salle d'accouchement et qu'on avait 19 ans, on entre dans un monde que personne ne connaît vraiment, mis à part les sages-femmes. Et moi, je me souviens avoir été vraiment bousculée par la douleur des femmes. Et moi, démunie face à ça, en fait. Mais pourtant, j'avais quand même ce désir d'être là. J'étais un peu fascinée par la grossesse et le fait qu'on puisse donner la vie. Je trouve ça fou.

Julia C'est vrai que quand on arrive, on a 18 ans, nous on pense tout de suite à on va donner naissance à des bébés. Et ce n'est pas que ça. Et c'est vrai que ça peut être un peu particulier de se dire... Je ne m'attendais pas à ça. Ça fait un peu bizarre. Mais en même temps, maintenant aussi, comme disait Salomé, c'est ce qui fait notre force. C'est qu'on a appris à trouver des solutions pour régler tout ça et accompagner toutes les femmes. Et c'est ça aussi qui est hyper stimulant de notre métier. C'est de ne pas toujours avoir une femme qui accouche et ça se passe bien. Mais c'est vrai que quand on arrive en stage pour les premières fois, c'est un peu particulier.

Camille J'ai cette même expérience où en deuxième année, c'est vraiment la découverte. Je passais au bloc obstétrical côté gynécologie, mais on est à côté des salles de césarienne. Et on n'y connaît rien en L2, on ne comprend pas ce que c'est la pathologie, on ne sait pas ce que ça va être notre métier. Et juste à côté, on voit un code rouge qui passe, donc une césarienne en urgence avec un bébé qui doit être sorti en 15 minutes. On le voit passer à fond, un bébé qui sort 5 minutes plus tard et une réanimation néonatale qui a duré 40 minutes, avec in fine un décès néonatal. Et je me souviens avoir regardé pendant 40 minutes à travers le hublot, parce que c'est à la fois passionnant de voir l'équipe médicale, pédiatrique et obstétrique qui s'agitent autour du bébé. Mais s'agiter, c'est un mauvais terme parce que c'est... hyper organisé, c'était très bien fait, une coordination, mais c'était beau à voir. Et en même temps... de se dire qu'on a donné tous nos moyens à ce bébé et qu'en fait, il est décédé. De ne pas comprendre les enjeux, c'est dur.

Lili C'est vrai que moi, je n'ai pas les mêmes souvenirs que vous, c'est clair, parce que je pense que quand je suis rentrée en deuxième année, j'avais toujours cet échec de médecine. Et je n'ai pas vraiment de souvenirs de mes premiers stages. Moi, c'était plutôt les cours. On avait une quantité de cours qui était quand même astronomique. Et surtout, quand on sort de la première année de médecine, on se dit, c'est bon, là, ça va être... On va pouvoir un peu relâcher la pression, etc. Et on avait une quantité de cours qui était énorme, avec beaucoup de cours en commun avec les médecines. C'était un grand flou, je me disais. Mais en fait, ce n'est pas vraiment spécifique à la maïeutique, ce n'est pas de l'obstétrique, ce n'est pas de la pédiatrie.

Salomé Je trouve ça intéressant de t'entendre reparler de la L2 parce que je pense que c'est plutôt les stages de L3 qui marquent vraiment notre entrée dans les études, dans le vif vraiment du sujet quoi.

Lili Mais la L3 c'est vraiment la révélation je trouve, mais pour nous toutes c'est...

Julia C'est vraiment ce moment où même si c'est juste des mots et qu'on fait pas forcément d'actes médicaux en soi, mais juste être là pour être couple, pour rassurer la dame quand elle est en souffrance. Quand on commence à faire ça en troisième année, là on se dit ah je me sens utile à quelque chose, j'ai fait quelque chose pour cette patiente là, pour ce couple. Et la reconnaissance des gens, c'est ce qui est le plus important de notre métier.

Camille C'est les premiers petits mots qu'on a reçus avec notre prénom dessus. Les premiers petits bonbons où c'est marqué pour Camille, étudiante sage-femme. C'est génial.

Julia C'est pour ça qu'on fait notre métier aussi. C'est pour cette reconnaissance-là. Moi, c'est ça qui me nourrit et qui me fait que je reviens au travail chaque jour et que j'ai envie d'y aller quand je suis en stage. C'est cette reconnaissance des gens. Il y a des sages-femmes qui transmettent leur métier et qui donnent envie encore plus d'être en stage. Il y a des sages-femmes qui nous poussent dans nos retranchements. et qui nous font aussi découvrir des facettes de nous qu'on ne connaît pas forcément. Et ça, c'est toujours dans la bienveillance. Ça, c'est hyper agréable. Et comme ça, on arrive à progresser. On se rend compte qu'on peut faire certaines choses alors qu'on ne se pensait pas forcément capable de les faire. Donc en fait, il y a des personnes qui nous ont aussi aidées à nous épanouir dans ce métier. Et ça, c'est trop chouette.

Camille Je pense que le contact avec les patientes en salle de naissance, le fait de pleurer encore sur certains accouchements d'émotion parce que le contact est super bien passé avec eux, c'est génial. Il y a des sages-femmes qui sont, il y en a certaines, mais elles sont formidables. Et elles transmettent leur métier avec les émotions, avec... Elles ont tellement de choses à nous amener, avec leurs relations avec les patientes et leurs connaissances de sages-femmes aussi, parce qu'elles sont fortes, quoi. Elles savent s'imposer, elles connaissent leur métier, elles connaissent leurs limites, et elles savent montrer leur place. Et donc ça, quand il y a une journée comme ça, où ça s'est super bien passé avec les patientes, que les accouchements se sont bien passés, ou moins bien, mais que ça a été géré. Et que le contact avec la sage-femme qui nous encadre ce jour-là s'est bien passé, là, on se dit, non mais c'est génial, je veux revenir demain, quoi.

Lili Le contact avec les patientes, le peu d'autonomie qu'on nous laisse en troisième année, même si c'est deux, trois minutes en étant toute seule avec le couple. C'est ce gain d'autonomie, le fait de se sentir vraiment à sa place, le fait d'être passionnée, d'avoir ce dialogue avec les couples. Je pense que ça a été la grande révélation. Et puis, bien sûr, des figures emblématiques du CHU en tant que sage-femme qui veulent nous apprendre plein de choses. Et puis le fait aussi d'aller autre part qu'à Angers, dans des plus petites structures, où on voit, enfin, on se sent vraiment plus coocooné. Et même la relation avec les gynéco et les internes : on se sent vraiment à notre place, c'est hyper agréable.

Salomé J'étais en garde, c'était en début de cinquième année, donc là il n'y a pas longtemps. En début de cinquième année, on se dit que c'est bientôt la fin et on veut être performante. On se met une barre de pression pour être performante alors qu'il nous reste un an de formation. C'était une garde où j'ai pris en charge une patiente presque en autonomie. C'était un peu difficile parce que la dame était difficilement soulagée par sa péridurale. Elle était très stressée, pourtant c'était un quatrième. Mais c'était un bébé qui était estimé petit, qui avait été longtemps en siège, donc elle était déclenchée. Elle n'avait jamais vécu le déclenchement. Et l'activité était relativement calme, donc j'ai eu beaucoup de temps avec ce couple-là. Et bon, elle a fini par accoucher avec nous. Et quand on l'a ramenée en suites de couche, elle m'a dit « ne changez rien, vous êtes faite pour être sage-femme » . En débriefant à la fin de la garde, parce qu'on est évaluée tous les jours et on a un petit mot à noter tous les jours. La sage-femme m'a dit « je ne vois pas quoi noter, la dame a tout dit » . Et en fait, au début, on se dit, bon, est-ce que vraiment j'ai le droit de prendre ce genre de compliments ? Et en fait, je me suis dit, elle ne l'a pas dit pour me faire plaisir, parce que sinon, elle ne l'aurait pas dit. Et du coup, je me souviens de cette dame avec son bébé et son regard vraiment sincère. Et en fait, je pense que c'est du coup mon let-motiv un peu dans les moments où ça va moins bien. Je me dis, bon, si les dames sont reconnaissantes, il n'y a pas de raison que ça ne marche pas.

Lili Moi, je pense qu'un bon moment durant mes stages, ça va plus être dans une plus petite maternité. Une patiente était venue plusieurs fois aux urgences et je l'avais renvoyée gentiment chez elle parce qu'elle n'avait pas besoin d'être hospitalisée. Et elle était revenue en travail le dernier jour de mon stage. Et quand elle est arrivée, elle m'a regardée et elle se rappelait de mon prénom. Et elle m'a dit « Oh là là Lili, je suis tellement heureuse que vous soyez là et je suis tellement heureuse que c'est vous qui allez faire mon accouchement » parce qu'elle était vraiment en travail bien bien avancé. Et ces petits mots de patiente, je trouve que ça fait vraiment... très très plaisir en tant qu'étudiante. Et puis après, bien sûr, le carnet qu'on doit faire remplir tous les soirs à la fin de la garde, lorsque la sage-femme est prête à être sage-femme ou quand on est en quatrième année prête à entamer la cinquième année. Je trouve que c'est des mots qui font très très plaisir et c'est ce qui nous permet de garder la motivation d'aller en garde à chaque fois qu'on est en stage.

Camille Moi, du coup, c'était pendant une garde au CHU en fin de quatrième année, mais vraiment à la toute fin. Et il y avait énormément de travail ce jour-là. Il fallait un peu être dans des salles différentes et les sages-femmes nous font confiance, ça dépend lesquelles mais des fois elles nous font assez facilement confiance surtout quand t'es en fin de quatrième année donc là c'était le cas avec ma sage-femme et du coup j'avais un peu pris en charge en autonomie toute seule un couple qui était adorable avec qui j'avais pu créer un lien vraiment très très fort pour le coup ça s'était très bien passé donc tout était assez simple donc c'était plutôt facile mais j'avais réussi à faire du coup tout l'accompagnement l'accouchement tout ça et c'est vrai qu'une fois qu'ils remontent dans leur chambre bah nous c’est fini. On peut dire que le travail avec eux, quand on est en salle de naissance, il est un peu fini, donc c'est un peu la fin. La maman, elle m'avait dit « je vous oublierai jamais, c'est vous qui avez fait l'accouchement » . Tout ça, vraiment, les mots comme ça, c'est très très fort et ça fait du bien. Trois, quatre jours après ma garde, je me rends compte que je reçois un message sur les réseaux. La maman, elle m'avait retrouvée. Elle m'a envoyé un petit message avec des photos de sa fille en disant « t'es une super sage-femme, on t'oubliera jamais, on pense très fort à toi » . Donc avec des petites nouvelles d'eux pour savoir que tout va bien, parce que nous, une fois qu'ils remontent là-haut en suites de couche, on ne sait pas ce qui se passe. Donc en fait, c'était hyper agréable. J'ai reçu encore des photos, quatre mois après, de la petite qui avait grandi. Donc, un lien qui se crée comme ça avec un couple qui tient à nous partager un peu un bout de leur vie parce qu'on était là au tout début quand le bébé est né. Moi, ça, c'est un truc qui me fait énormément plaisir. Et c'est pour ça qu'on revient en garde à chaque fois.

Camille Pareil, je pense que l'accompagnement le plus difficile et au même temps le plus facile à faire, c'était sur une interruption médicale de grossesse. C'était ma première avec une super sage-femme qui m'a très bien accompagnée. En fait, il n'y a rien à dire dans ce genre de situation. On les a juste accompagnés, il y a eu un féticide qui a été fait, et une expulsion, et après ils ont gardé leur bébé avec eux un petit moment. Et c'était très beau, et les échanges ont été très fluides avec le couple. Et à la fin, en fait j'ai jamais eu autant de remerciements d'un couple, alors que c'était une fin de grossesse, et c'est un moment... si triste et en même temps si beau. Et après, ils nous ont laissé des petits mots. Ils ont dit, mais Camille, vous serez une super sage-femme. C'était marqué. Et le mot, il est dans mon petit carnet des beaux moments que j'ai passés en stage pour garder la motivation. Et je les garderai toujours en tête parce que première IMG et parce qu'un des plus beaux moments que j'ai pu passer en tant qu'étudiante, je pense.

Lili Il faut un peu avoir une carapace quand même. On jongle un peu entre les émotions, en salle de naissance surtout, quand on accompagne un couple qui nous fait part de toutes ces belles choses à la fin de l'accouchement et après il faut rentrer dans une salle où, ah non mince, c'est une mort foetale in utéro, alors là, c'est différent. Je pense qu'on arrive à prendre un petit peu de recul sur tout ça, donc ça fait plaisir. On est tellement heureuse de recevoir tout ça.

Julia De base, je suis quelqu'un d'hypersensible, je suis un peu une éponge, je prends beaucoup toutes les émotions de tout le monde, mais nous on doit rester quand même solide en tant que professionnel de santé, on ne peut pas s'effondrer devant les patientes. Après, ce n'est pas forcément que les sages-femmes, mais c'est aussi nous, notre parcours en tant qu'étudiante. Plus on avance dans les années, plus on arrive à acquérir au niveau, je trouve, de cette émotion, des forces, en fait, pour arriver à prendre en charge les patientes.

Salomé J'allais dire tout en n'oubliant pas qu'on reste humain et que garder cette humanité, je pense que dans notre métier, c'est essentiel. Certes, il faut des fois garder la face, mais garder cette sensibilité un peu. J'espère que je tiendrai, mais jamais enfouir ça et de rester sensible et humaine. Tout en étant quand même capable de m'imposer et jamais banaliser en fait. Nous, c'est des actes qui deviennent quotidiens, mais pour les gens, c'est une première fois. Et même si c'est un cinquième accouchement, en fait, c'est une nouvelle expérience. Ils vivent quand même la naissance de leur enfant.

Camille Et j'espère qu'on va garder ça toute notre vie, toute notre carrière. On a deux patients. On a notre patiente et le bébé ou les bébés. De toujours rester empathique, c'est un moment clé dans leur vie. Nous, on en voit tous les jours, plusieurs fois par jour. Eux, ils auront peut-être un seul accouchement. Il faut qu'on fasse tout pour que ça soit l'idéal pour eux.

Lili Ne pas oublier comment j'ai été encadrée en tant qu'étudiante. Qu'est-ce qu'en tant que sage-femme, j'ai envie d'apporter à mon étudiante et qu'est-ce que moi, j'aimais en tant qu'étudiante, recevoir de la part de la sage-femme qui m'encadrait. Et ça, c'est vraiment un truc où j'espère jamais devenir cette sage-femme qui laisse de côté l'étudiante ou qui ne la laisse jamais rien faire.

Julia Ce n'est pas toujours simple quand on est étudiante. Il y a certaines personnes qui n'ont pas forcément cette pédagogie parce que de base, ça ne fait pas partie de notre métier. On ne nous a pas dit, tu feras aussi enseignante sage-femme. Et c'est pour ça, je pense, que Lili met un point d'honneur là-dessus. C'est qu'on a aussi pas envie, des fois, de reproduire certaines gardes qui étaient difficiles pour nous, certaines remarques, certaines façons de faire qui étaient difficiles. Donc, on aimerait bien être la meilleure version de nous-mêmes pour pouvoir enseigner aux étudiantes et qu'il y en ait d'autres qui aient envie de faire ce métier.

Camille Je pense que c'est ce qui a rendu, personnellement, mes études aussi belles, c'est d'avoir des gardes qui se sont, pour la plupart du temps, très bien passées. Et je n'ai pas un souvenir vraiment d'une garde affreuse. Et je pense que c'est ce qui a embelli mes études et ce qui fait que, personnellement, j'ai un bon souvenir de toutes ces études dans tous les cas.

Salomé Je pense qu'on pourrait dire aussi continuer à s'indigner. Ça veut dire ne pas oublier ce que nous, on a vécu et ce qui nous indignait pendant nos études. Et que ce n'est pas parce qu'on est professionnel qu'il faut tout accepter. Et même des situations qui ne nous arrivent pas à nous, des choses qu'on voit, se donner le droit de s'indigner sur des choses qui se passent et qu'on ne trouve pas normales.

Camille De ne pas normaliser peut-être certaines choses qu'on peut voir, que ce soit envers les patientes, envers les étudiantes, envers les autres professionnels, nos collègues. Et s'indigner sur notre profession qui reste une profession de femme, faite pour les femmes et qui n'est jamais assez bien reconnue. Et ça, c'est une revendication qui restera longtemps, je pense, et à laquelle on va prendre le relais quand on sera diplômé. Tout le monde adore les sages-femmes. Quand on dit qu'on est sage-femme dans un blablacar, tout le monde nous raconte son accouchement. Ah mais c'est un super métier, la coiffeuse, la dame de la mairie, quand on refait sa carte d'identité, “mais vous êtes sages-femme, c'est formidable !”. Donc la reconnaissance, elle est là. Bravo, vous faites un beau métier, mais on n'oublie pas que nos conditions, elles sont quand même dégradées. Alors certes, il y a moins d'accouchements, mais on fait aussi moins de choses avec les patientes. Une femme=une sage-femme qui doit exister dans notre pays, elle n'existe pas en France et on ne peut pas faire notre métier comme on le veut vraiment. Donc la reconnaissance de notre métier, ce sera un gros point. Et plus de moyens pour l'hôpital public. Mais bon, voilà. Ça, c'est ma revendication.

Lili Qu'est-ce que j'aimerais voir changer ? Les études de sages-femmes, comment elles sont organisées et notamment faire plus de simulations. Camille Il y a quand même beaucoup d'étudiantes dans notre promo qui vont voir un psy. Il y a beaucoup de gardes mais qui restent sporadiques. Ce n'est pas toutes les gardes, ce n'est pas la majorité mais c'est celles qu'on garde en tête ou qu'on a finies en pleurant. Mon conjoint pourra dire le nombre de fois qu'il m'a vu rentrer en pleurant de toute façon. On a une vision très très positive de ce métier et notamment beaucoup de passerelliennes avec qui je parle et qui se disent « Oh mais moi je vais être sage-femme depuis que j'ai eu un enfant, c'est un super métier » . Et le premier truc que je leur dis c'est « Attention, ça va être dur, tu vas passer 5 ans à galérer et il y en a là qui abandonnent parce qu'elles se rendent compte que c'est trop difficile » . Donc tiens bon, parce que ça va pas être facile tous les jours, il va y avoir des hauts et des bas, mais tiens bon parce que ça vaut le coup, je dirais aujourd'hui. Tu vas te faire les meilleures copines de ta vie.

Julia Enfin, il faudra être conscient que c'est pas des études qui sont faciles, qu'il faut s'accrocher. C'est important d'être bien entouré. Des gens qui te comprennent comme des gens à l'extérieur, mais c'est vrai que des fois, le décalage est un petit peu particulier.

Salomé Il n'y a que les copines de promo qui peuvent comprendre ce qu'on vit.

Julia Parce que nous, très rapidement au stage, les week-ends, on n'est pas forcément disponibles. Il y a certains copains qui peuvent nous dire « mais pourquoi tu ne viens pas faire la fête avec nous ? » « Ben non, je suis de garde demain, je ne peux pas. » Sauf que ça, c'est des décalages quand on a 18-19 ans, qu'on commence les études de sage-femme, qui ne sont pas toujours compréhensibles par les gens extérieurs. Donc c'est vrai que c'est important d'être vraiment bien entouré, de pouvoir décharger.

Lili C'est vrai, et il peut y avoir parfois, je trouve, un décalage avec les autres personnes de notre âge, parce qu'il y a vraiment une maturité qui s'acquiert, et que c'est ok aussi d'avoir des moments de doute durant les études.

Salomé Mettre dans un carnet tout le positif, à chaque fois qu'il y a du positif, de l'écrire pour pouvoir garder ce positif-là, et de se souvenir quand il y a un moment de moins bien, le pourquoi je suis là.

Julia Et c'est pas facile, mais c'est très beau comme métier, c'est un très beau métier. Il est hyper enrichissant, hyper complet. On fait plein de choses et donc ça vaut le coup de s'accrocher jusqu'au bout. Moi, ce qui me donne vraiment envie après le diplôme, c'est pouvoir être complètement autonome dans sa pratique. Parce que c'est vrai que quand on est étudiante, on suit un petit peu ce que fait la sage-femme, même si plus on avance dans les études, plus on a l'autonomie, mais on a toujours quelqu'un qui est derrière nous et qui a des façons de faire et qui ne sont pas forcément les nôtres. Et c'est vrai d'avoir cet épanouissement en tant que professionnel quand on va sortir du diplôme. Moi, j'ai vraiment envie de ressentir ça. Le fait que je fasse ce qui me semble mieux et on va se tromper, c'est sûr, on ne sort pas du diplôme en étant parfaite. Mais de pouvoir se construire comme ça en tant que professionnelle et de pouvoir faire vraiment comment on l’entend, comme on souhaite le faire, c'est ça qui me donne envie après le diplôme.

Camille Après, il y a un truc où c'est notre parcours, il est très hospitalo-centré. On apprend à être des sages-femmes de salles de naissance, de suite de couches, de consultations éventuellement. On fait un stage en PMI, un stage en libéral. Donc on apprend beaucoup de gynéco, on est censé être compétent en gynéco. Il faut souvent quand même refaire un DU de gynéco si on veut vraiment s'installer. On va plutôt aller valoriser ça et se dire, je vais rentrer direct dans le vif du sujet en restant en salle parce que c'est ce qui est le plus stressant, parce que c'est la gestion de l'urgence, de la vie et de la mort concrètement, alors que le libéral, un petit peu moins. Mais on sait qu'il y a des options par la suite qu'on va explorer Mais notre cursus fait que ce n'est pas des options qu'on explore beaucoup non plus. Donc c'est rassurant aussi de se dire, on va aller en hôpital là et après on verra.

Julia Oui, c'est exactement ça. On ne nous forme pas vraiment à sortir des études, à être des sages-femmes libérales. Du coup, c'est vrai que pour nous, déjà, il y a toute cette appréhension de devenir professionnel. Et c'est comme dans n'importe quoi, c'est humain. L'inconnu, ça fait toujours peur. Donc, comme on maîtrise, on va dire, un peu plus cette partie-là, on va plus facilement se diriger vers l'hôpital et le libéral. Après, pourquoi pas ? Je pense qu'il y en a plein qui ont aimé leur stage en libéral, qui aiment le libéral parce que c'est une profession qui est aussi hyper intéressante et ce n'est pas du tout la même profession sages-femmes hospitalières que sages-femmes libérales.

Camille On connaît les contraintes des libérales de nous prendre en stage en plus, parce que ça leur rajoute du temps pour elles. Mais c'est super. Merci à elles de nous accueillir, parce qu'elles nous transmettent tellement en trois semaines au cabinet que c'est très différent de ce qu'on peut apprendre en hospitalier. On apprend tellement plus d'humains. Avoir une patiente qui s'installe face à nous, on ne sait pas pourquoi elle vient. Dites-nous tout. Et en fait, ça peut être tellement de choses différentes. Et elles savent prendre tellement de choses en compte. Je les trouve impressionnantes les libérales. Toutes seules, dans un cabinet ? Non, mais trop fortes.

Julia Merci pour leur accompagnement quand elles sont en libéral parce qu'elles ne se rendent pas compte à quel point elles nous apportent beaucoup en stage. Parce que comme on l'a dit tout à l'heure, on est plus formé à l'hospitalier que du libéral, donc on apprend vraiment beaucoup à leur côté. Et il y a plein de richesses dans leur métier. C'est vrai que les compétences des stages femmes, elles augmentent de plus en plus, notamment aussi pour celles en libéral. Elles vont pouvoir faire de plus en plus de choses. Donc leur métier va être hyper complet et c'est vraiment très chouette. Donc oui, elles continuent à nous prendre en stage et à nous transmettre ce métier qu'elles font qui est génial.

Lili Merci de nous laisser vos patients en consultation. Et merci de nous laisser poser des stérilets, parce que c'est la seule fois qu'on pourra le faire, donc merci !

Julia Ce qu'on se souhaite pour 2026 ?

Lili Le diplôme pour toutes, ça déjà je pense. Et puis réussir à avoir l'accompagnement qu'on souhaite pour nos patientes, etc. Et aussi réussir à aligner notre vie de sage-femme, de professionnelle à l'hôpital. Et aussi réussir tous les projets qu'on a à côté, par nos activités extrascolaires, etc. Et de réussir à aligner les deux. ça j'ai trop hâte voilà sur les repos de garde de créer tous les projets qu'on a extra-maïeutique ça va être chouette.

Julia Moi je me souhaite de progresser de m'épanouir de sentir que je chaque jour j'apprends de nouvelles choses sur moi sur le métier et que je me construis en tant que professionnelle de plus en plus vraiment c'est ce que je me souhaite et ouais de découvrir un peu une nouvelle vie après les études qu'est-ce qu'on peut faire le temps qu'on a. Moi je discutais avec des sages-femmes en stage qui me disaient mais tu verras quand t'auras fini tes études tu vas t'ennuyer. Les premiers jours où tu ne seras pas de garde, tu ne sauras pas quoi faire parce qu'on est tout le temps en train de réviser nos cours, notre mémoire, faire plein de choses et d'avoir un peu ce sentiment de changer de cap et de passer à une vraie vie de tout concorder ça donne envie.

Camille J'ai une to-do liste motivationnelle au-dessus de mon bureau avec toutes les choses que je vais faire de mon temps libre et de temps de repos qu'on aura de nouveau parce que maintenant on travaille sur notre temps libre et là on aura du temps donc le GR10 si quelqu'un veut m'accompagner donc trop hâte d'être en juillet

Salomé S'épanouir dans ce métier-là, parce que c'est quand même ce qu'on attend depuis quatre ans. J'espère qu'on trouvera un travail et un poste, et qu'on pourra faire tout ce dont on vient de parler, et qu'on arrivera à être droite dans nos bottes, même si on est jeune sage-femme. Je pense qu'on peut souhaiter aussi de continuer à être bien accompagnées, même si on est professionnelles par les collègues, et pour évoluer dans un environnement bienveillant. J'espère que ce n'est pas une utopie. On sera accueillies comme jeunes sages-femmes, mais considérées comme sages-femmes et considérées comme collègues pour aller avec le moins de stress possible en garde.

Camille Continuer l'accompagnement tout au long de sa carrière et continuer à s'enrichir mutuellement, parce que c'est vrai qu'on est diplômées, mais on est loin de tout savoir. Donc continuer à être accompagnées par nos collègues, c'est primordial, je pense, si elles nous entendent…

Caroline Moi je suis Caroline et je suis en cinquième et dernière année d'études de sage-femme. J'ai 22 ans, donc je pense être diplômée à la fin de l'année. Je me suis engagée en parallèle à l’ANESF en tant que vice-présidente chargée des perspectives professionnelles. Durant mon stage en seconde, j'ai pu avoir l'occasion de faire une semaine en maternité. Ma maman est sage-femme. Du coup, je m'étais dit, c'est bien, je vais voir les médecins, je vais voir les pédiatres, etc. C'est à ce moment-là que je suis plutôt tombée amoureuse du métier de sage-femme. Au grand désarroi de ma mère qui, à ce moment-là, me disait, mais tu ne te rends pas compte, les études de sage-femme, c'est archi compliqué maintenant.

Alana Du coup, je m'appelle Alana. Je suis étudiante sage-femme à Grenoble. Je viens de la Savoie. Je suis actuellement en Césure. Donc j'ai fait une pause dans mes études entre ma quatrième et ma cinquième année pour l'ANESF du coup. Et je reprendrai à la rentrée prochaine pour être diplômée un an plus tard.

Caroline Quand je suis au contact des étudiants, ce qui me marque le plus, c'est la richesse de notre réseau. En fait, c'est des endroits où on connaît un peu personne et c'est un milieu où on peut être soi-même et c'est vraiment très riche comme communauté, c'est un réseau super riche.

Alana

Ce que je vais dire aujourd'hui ne sera sûrement plus valable d'ici 2-3 ans. On est encore sujet à des changements. En post-bac, le Parcoursup, la célèbre plateforme d'orientation que connaissent tous les lycéens. et plus particulièrement les terminales. Et là, on commence par une première année commune avec d'autres filières de santé, avec les étudiants de pharmacie, médecine, odontologie, donc dentiste et kiné. Actuellement, cette première année-là, ça s'appelle soit une PASS, soit une LAS. Donc la PASS, c'est Parcours d'Accès Santé. Et il me manque le deuxième S. Spécifique Santé. C'est un peu la base, un peu de la santé, entre guillemets. Une majorité de cours de santé, donc de la physiologie, de l'anatomie, de la biologie, de la pharmacologie. Et on rajoute à ça une option, ce qu'on appelle une mineure, qui sont des cours d'une autre licence, qui permettent derrière la réorientation. C'est un classement. Les premiers du classement sont pris dans la filière de leur choix. Et du coup, à la fin, si jamais on a validé cette première année, mais qu'on n'a pas réussi à être pris en deuxième année, ce qu'on appelle MMOPK, maïeutique, médecine, odontologie, pharmacie, kinésithérapie, on va du coup dans la licence de notre option. Et donc là, c'est l'inverse. c'est-à-dire une majorité de cours de licence, avec une option de santé qui nous permet d'ailleurs de rebasculer en deuxième année MMOPK également. Et donc après, on arrive en deuxième année de sage-femme, qui a plein de noms selon les endroits. On l'appelle P2, L2, SMAD2, MA2, on s'amuse un peu. Et donc, il y a eu une réforme de notre formation, là dernièrement, qui a débuté à la rentrée 2024, qui a réformé l'ensemble de nos études, parce qu'avant la deuxième année, c'était très théorique, mais théorique générale. Du coup, maintenant, ça a été aussi de se dire, avec cette réforme de formation, que notre cœur de métier reste quand même la gynécologie, l'obstétrique. Donc, pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas en faire tout de suite ? Du coup, on commence dès la deuxième année par des cours. Donc, il va y avoir de l'obstétrique, de la gynécologie, de la pédiatrie. Alors qu'avant, on commençait souvent en fin de deuxième année, voire qu'en troisième année. Là, on attaque plutôt, entre guillemets, dans le vif du sujet. Et également, dès le premier semestre, par un stage. Un stage qu'on appelle infirmier. Donc, c'est un stage qui nous permet d'aller découvrir le milieu hospitalier. Et à la fin de la deuxième année, généralement, on a quand même tous un stage en maternité, un stage au moins en salle de naissance et un stage en suites de couche. Et ensuite, on alterne toutes nos études cours-stage. On est à peu près à hauteur de 50% de notre temps en stage, 50% de notre temps en cours. La réforme nous permet de passer à 6 ans. Avant, on faisait la première année commune et ensuite 4 ans. Maintenant, on a la première année commune et 5 ans. Donc, on est arrivé à bac plus 6. La sixième année a été rajoutée parce qu'on s'est rendu compte, comme depuis 2009, qu'on a récupéré énormément de compétences et de connaissances au niveau gynécologie. Mais nos études n'ont pas pour autant été poussées, agrandies, entre guillemets. Et du coup, on se retrouvait avec un volume horaire énorme et une pression énorme. On avait comparé avec d'autres études, on était à 1200 heures d'heures de cours, de stages en tout, supplémentaires en 5 ans que ce que faisaient les chirurgiens dentistes et les pharmaciens en 6 ans. Donc en fait, juste les étudiants sages-femmes étaient à bout. La santé mentale était un peu cata. On a fait plusieurs enquêtes pour constater ça, ce qui nous a amené du coup à descendre dans la rue en 2021 notamment, où nos revendications, c'était donc cette sixième année-là pour pouvoir un peu soulager, améliorer le bien-être, mais également tout le versant recherche.

La recherche en maïeutique n'existait pas avant 2019. Les sages-femmes avaient le droit de faire de la recherche, mais elles ne pouvaient pas le faire en maïeutique. Le domaine, entre guillemets, n'existait pas. Ce qui était énormément freinant, parce que du coup, comment est-ce qu'on prouve ce qu'on sait ? C'était les médecins qui faisaient la recherche en obstétrique, en gynécologie. Mais les médecins, eux, sont spécialistes de la pathologie. Mais finalement, la physiologie, comment est-ce que ça marche ? On ne sait pas. Et un exemple, moi, je trouve tout bête, que je reprends souvent, c'est le Spasfon. En France, les sages-femmes prescrivent énormément de Spasfon. Vous avez mal du Spasfon, vous avez vos règles du Spasfon. Mais en fait, le Spasfon, qu'est-ce que c'est comme molécule, comme médicament ? En fait, ça a été prouvé qu'on ne savait rien et sûrement pas grand-chose, parce que le Spasfon a été testé sur une dizaine d'hommes seulement il y a 50 ans. Le Spasfon, c'est une spécificité française. Il n'y a qu'en France qu'on prescrit du Spasfon. C'est des petites pilules roses pour les femmes, alors qu'en fait, ça a été testé sur une dizaine d'hommes. Ils ont donc conclu que ça faisait agir sur des spasmes. Les règles, c'est des spasmes de l'utérus, des contractions, ça doit bien agir. Et du coup, on donne du Spasfon. Un des freins aussi, c'est que les médecins, pour faire de la recherche, ils ont ce qu'on appelle la bi-appartenance. C'est-à-dire qu'un médecin, il va travailler à l'hôpital. Mais il a le droit à côté d'avoir une activité de recherche et avoir une activité d'enseignant. Nous, les sages-femmes, on est ce qu'on appelle mono-appartenant. C'est-à-dire qu'on est à l'hôpital, on est à l'hôpital. Si on a envie de faire du libéral en parallèle de l'hôpital, si on a envie de faire de la recherche en parallèle, il faut demander à nos employeurs s'ils acceptent de nous libérer du temps de travail, c'est-à-dire de passer d'un 100% à un 50% pour avoir une activité annexe, mais ils ont le droit de la refuser et ils ne vont pas du tout adapter les emplois du temps. Alors que les médecins, leur activité va être vraiment adapter les deux activités pour être conjoint. Là où nous on ne peut pas. Beaucoup de sages-femmes ont énormément de difficultés à financer leur recherche, à adapter leur emploi du temps, et souvent, elles ne s’y retrouvent pas pour pouvoir concilier les deux, et donc c'est un énorme frein, parce qu'elles n'ont pas envie de perdre cette activité clinique, ce rapport aux patientes, et en fait, s'en retrouvent obligées, parce que c'est soit l'un, soit l'autre, malheureusement, aujourd'hui. Et donc c'est pour ça qu'on a très peu de chercheuses en sages-femmes, et du coup, ça a été aussi de dire qu'il serait temps aussi de faire la recherche dès les études. Parce que c'est bien beau de faire de la recherche une fois diplômée, mais en fait, donner le goût de la recherche et les études, ça permet aussi de donner envie à plus de futurs sages-femmes. Et du coup, c'est là qu'est venue la sixième année, où du coup, la sixième année, à la fin, au lieu de valider un mémoire, on valide une thèse d'exercice au même titre que les médecins, les pharmaciens, les chirurgiens dentistes, actuellement, du coup, on est en train de s'intégrer aux universités. Du coup, on passe à la thèse d'exercice. Et qui sont les jurys ? C'est normalement des enseignants-chercheurs. Les enseignants-chercheurs, c'est les professeurs des universités. Nous, malheureusement, actuellement, en France, on en a très, très peu. On est à moins d'une vingtaine d'enseignants-chercheurs pour l'ensemble de la France, parce qu'on n'avait pas accès à la recherche, parce qu'on n'était pas intégrés aux universités, donc forcément on n'avait pas des professeurs dans les universités. N'ayant pas d'enseignants-chercheurs actuellement en France, ça aurait signifié qu'un médecin, ou un pharmacien, ou un chirurgien dentiste, soit les présents de notre jury de thèse, et il en était hors de question. Non pas qu'on est à 100% pour l'interprofessionnalité, mais pourquoi est-ce que quelqu'un d'autre viendrait juger si on est capable d'être sage-femme ? On s'est battus, il y a eu de longues négociations, et du coup ce sera vraiment officiel, marqué noir sur blanc que la présidente du juré de thèse d'exercice sera une sage-femme, peu importe son statut enseignant-chercheur ou pas, même si on va attendre à ça. À l'heure d'aujourd'hui, la réforme concerne les étudiantes en deuxième et troisième année. Nous, avec Caroline, on est encore ce qu'on appelle l'ancienne réforme, l'ancien cursus. Et donc l'ancien cursus, c'est les quatrièmes années actuelles qui, elles, feront cinq ans. Et donc c'est les troisièmes années actuelles qui feront six ans. La sixième année, elle n'est pas tout à fait finie. Les textes ne sont pas encore sortis. Et cette sixième année, ça sera un stage de notamment de six mois pour favoriser derrière l'insertion professionnelle. Donc il y a également toute la place du libéral aussi qui a été remis en cause parce qu'avec l'ancien cursus, selon les établissements de formation, on ne pouvait pas du tout mettre les pieds en libéral. Et du coup, avec la réforme, c'était aussi de réintroduire le libéral plus tôt et plus obligatoire pour vraiment que tout le monde passe au libéral et explore ce pan-là de notre métier qui est encore sous-estimé aujourd'hui. Donc maintenant on a quasiment toutes des stages de libéral dès le premier cycle, donc en deuxième et troisième année. Et après, on pourra y repasser plus facilement plus tard. Et notamment en sixième année, ce stage-là pro, on devrait y avoir plus facilement accès parce qu'il y a malheureusement aussi des grands enjeux financiers à nous faire aller à l'hôpital. Les ARS adorent qu'on aille dans les hôpitaux quand même parce que mine de rien, on est quand même un peu de la main d'œuvre. Ils ne veulent pas forcément nous lâcher la grappe et nous laisser aller en libéral autant que ce que l’on voudrait, même si la grande majorité des futures sages-femmes aujourd'hui aiment l'hôpital, ont envie de bosser à l'hôpital, mais pas toutes. Nous, ça a été un peu une petite victoire de notre côté. Quand on a enfin débattu pour discuter de cette sixième année-là, et notamment de ce stage pré-pro, ce stage de six mois, ça a semblé une évidence pour tout le monde qu'il soit hospitalier. On a dit, non, c'est un stage pré-professionnel. Le but, c'est que ça corresponde au projet professionnel de l'étudiant. L'étudiant n'a pas forcément envie de travailler à l'hôpital. Il y a eu beaucoup de négociations autour de ça, et on a réussi à obtenir une dérogation dans les textes. Donc, on attend que les textes soient publiés pour être sûrs. Mais que normalement, si l'étudiante sage-femme a envie de faire beaucoup plus de libéral qu'elle le puisse et de limiter au maximum l'hospitalier sur ce stage-là. Normalement, il y aura trois mois obligatoires en hospitalier minimum. On pourra le réduire à deux voire un mois pour les étudiants sages-femmes qui n'ont pas envie de travailler à l'hôpital. Donc ça, c'était vraiment une victoire chez nous. On était juste trop, trop contentes.

D'ailleurs, pour les sages-femmes libérales, il y a bientôt le statut de maître de stage universitaire qui débarque enfin chez les sages-femmes, qui existe depuis des années chez les médecins. Et c'est un statut qu'auront pour le moment uniquement les sages-femmes libérales, à notre grand dam, mais on y croit pour toutes les autres sages-femmes. C'est un statut qui permet d'encadrer les étudiantes, mais tout en étant formées à le faire. C'est-à-dire qu'il y aura une formation avec les attendus de formation : qu'est-ce qu'une sage-femme de troisième année est censée savoir, est censée pouvoir faire. Et d'un autre côté, tout le versant aussi, pédagogie, andragogie, même plutôt que la pédagogie, puisque la pédagogie, c'est pour les enfants, ou l'andragogie, c'est avec les adultes. Mais de dire : Comment est-ce qu'on forme une sage-femme ? Comment est-ce qu'on encadre une étudiante sage-femme ? Comment on lui fait des retours? Comment est-ce qu'on évalue une étudiante sage-femme? Et derrière, ça permettra aussi de valoriser l'encadrement des sages-femmes libérales, parce que le but, c'est qu'elles soient également indemnisées, parce qu'on sait que quand on encadre une étudiante sage-femme, la consultation dure toujours un peu plus longtemps, le temps d'expliquer, le temps de laisser faire l'étudiante. Et du coup, ça permet vraiment ce statut-là de revaloriser tout ça et de permettre aux sages-femmes de prendre plus le temps, tout en ayant un peu une indemnisation et en étant formées aussi à encadrer les sages-femmes, parce que malheureusement, c'est dans notre code de déontologie, on doit former nos pairs.

Et du coup, la maltraitance aussi vient du fait qu'elles n'ont pas le choix, qu'on arrive en stage, qu'on est là et qu'il faut bien nous encadrer, qu'on ne leur pose pas la question de si elles ont envie de nous encadrer. Parce que si ça se trouve, leur enfant était malade, elles n'ont pas dormi de la nuit. Juste, elles ne sont pas d'humeur aussi à nous encadrer. Et on arrive, il faut qu'elles fassent avec nous. Et on a tous aussi notre petit caractère. Des fois, ça ne match pas et c'est la faute de personne. Elles n'ont juste pas le choix. Pour le moment, c'est les sages-femmes libérales qui l'ont obtenue. La formation ne devrait pas tarder à arriver dans les six prochains mois. Par exemple, pour les médecins, surtout les médecins généralistes qui font ça, lorsqu'ils accueillent des externes, ils sont rémunérés 300 euros du mois de l'étudiant. Et quand, lorsqu'ils accueillent des internes, ils reçoivent 600 euros par mois par étudiant. On ne sait pas à quel point ça va être transposé pour nous, mais en tout cas, nous, en tant qu'ANESF, on demande évidemment 300 euros pour nos sages-femmes libérales du mois de l'étudiante, évidemment, et on espère qu'elles l'auront.

Caroline Après le diplôme, si on ne s'est pas engagé quelque part, en fait, on peut être un peu perdu et ne pas savoir par où commencer. C'est vrai que la plupart des sages-femmes nouvellement diplômées vont directement en hôpitaux, en maternité, en salle de naissance. C'est vrai que dans ce qu'on entend chez les étudiants sage-femme, c'est quand même beaucoup de « ok, je fais de l'hôpital, mais le libéral, j'y pense, je l'ai en tête, mais je préfère avoir quelques connaissances encore, bien retourner à l'hôpital, et après me mettre dans le libéral. » Alors qu'en soi, pour avoir échangé avec l’ANSFL, l'Association Nationale des Sages-Femmes Libérales, ils nous avaient clairement dit « effectivement, ça c'est un mythe », qu'il faut aller à l'hôpital et ensuite aller en libéral. On peut y aller direct, il faut juste avoir les clés pour bien s'installer, etc. Une fois diplômée, on peut aussi très bien travailler en PMI, en maison des femmes. Par exemple, je sais que j'ai eu l'occasion d'aller en stage à la maison des femmes à Longs-Jumeaux. C'est un dispositif qui permet de prendre en charge les femmes victimes de violences. Donc c'est un autre pan du métier de sage-femme, mais toujours en rapport avec la relation de soins avec les femmes. Les sage-femmes peuvent très bien aussi travailler en service de PMA, par exemple, en service de diagnostic anténatal. La seule chose que j'ai pu voir, c'est qu'effectivement, c'est des sages-femmes qui ont un diplôme universitaire d'échographiste en échographie obstétrique à ce moment-là. Elles peuvent très bien aussi effectivement faire de la recherche, comme nous disait Alana, mais la bi-appartenance, c'est encore quelque chose de touchy.

Caroline Oui, effectivement, c'est très diversifié. Par exemple, les centres de santé sexuelle, je sais qu'en région parisienne, ça s'est pas mal développé ces dernières années, où c'est mis en place par les départements. C'est des sages-femmes qui sont là avec des conseillères conjugales et familiales et qui, du coup, accueillent des femmes, mais même aussi des adolescents et qui peuvent répondre sur tout plein de sujets, notamment sur l’EVARS, l'éducation à la vie affective relationnelle et sexuelle. Il y a aussi tout ce qui est parcours orthogénie, donc l'accès aux IVG qu'elles ont en place dans ces centres-là aussi. Et c'est totalement gratuit et anonyme. Un des gros projets qu'on m'a laissé, c'est le projet “ Rencontre ta sage-femme “. C'est un projet au sein de mon poste qui a pour but de renseigner des étudiants de sage-femme, comme les sages-femmes, mais aussi le grand public sur le rôle de la sage-femme. La sage-femme n'est pas juste cantonnée à faire des accouchements en salle de naissance. On peut faire des tonnes de choses. Je parle à des copines qui sont pas du tout au milieu de la santé et je leur fais “tu veux ton suivi gynéco ? mais va voir une sage-femme ça sera bien plus simple” et c'est vraiment ma petite victoire au quotidien de pouvoir faire avancer la vision de même déjà juste des gens autour de moi et avec du coup “Rencontre ta sage-femme”. Le but est de pouvoir en fait faire différents formats de diffusion que ce soit des petites vidéos, que ce soit un reportage ou un podcast qui sait ? Faire avancer le rayonnement de notre métier, de notre profession quoi. C'est vrai que l'association ça nous a quand même du coup pris beaucoup de temps dans notre cursus. Et donc je pense qu'au sein de notre bureau, on est le genre de personnes qui ne se ferment pas les portes à s'engager plus tard à une autre organisation ou à tout.